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Pourquoi Tin Can aura du mal à s’imposer ?

ADL – l’organisme à l’origine de SCORM – prépare activement la nouvelle génération de son standard ayant pour nom de code « Tin Can ». Une orientation résolument innovante, qui rompt avec les approches passées. Mais cette révolution va-t-elle rencontrer son public ?

Nouveautés

Tin Can apporte des nouveautés dans 3 domaines :

  • Nouveau mécanisme de communication entre le contenu et le LMS (basé sur les Web Services). Conséquence : le contenu peut être déployé hors navigateur (exécutable, Mobile App, etc.) et autorise des sessions partiellement déconnectées.
  • Nouvelles informations de suivi, prenant en compte les activités informelles. Cela s’accompagne d’une nouvelle manière de formuler les actes pédagogiques (« I did this »).
  • Nouvelle manière de stocker et restituer les informations de suivi, grâce au concept de LRS (Learning Records Store), base de données faisant partie ou non d’un LMS. Un LRS est potentiellement ouvert à d’autres systèmes.

Le premier point fait actuellement l’objet d’un consensus dans la communauté du e-Learning puisqu’il est porté à la fois par Tin Can et AICC. L’adoption des Web Services permet d’envisager des scénarios tels que les applications mobiles, les jeux et simulations déployés en local, etc.

Il y a aussi consensus sur l’idée que les données de suivi doivent être élargies et Tin Can apporte là une solution qui lui est propre, avec une orientation Informal Learning prononcée.

Ce parti pris, tout comme le 3ème point (LRS), sont à mon sens discutables et constituent la principale faiblesse de Tin Can (que d’autres considèreront peut-être comme un atout).

Une nouvelle forme de suivi

Tin Can remet complètement en question la manière de suivre une activité pédagogique. Il oublie les méthodes de ses prédécesseurs en faisant un choix radical, qui passe par l’adoption d’une spécification jusqu’ici réservée aux applications de réseaux sociaux : Activity Stream. Concrètement, toutes les activités d’un apprenant seraient formulées sous la forme d’assertions du type « I Did This » (sujet + verbe + objet).

L’idée à terme est que l’on puisse facilement rapprocher et combiner le suivi de l’apprentissage et le suivi des activités quotidiennes d’un travailleur, reflétées par différentes applications dont les réseaux sociaux d’entreprise (cf. Yammer). Mais de l’aveu même des auteurs de Tin Can, c’est une vision très lointaine :

There is a long way to go before this vision can be fully realized. Tin Can is laying the foundation and removing the constraints to making it a reality.

– Rustici Software (tincanapi.com)

Reste à savoir si cette nouvelle approche est adaptée à la génération de rapports utiles, mais aussi si elle n’introduit pas trop d’ambigüités. Adopter une forme de type « langage » n’est en effet pas sans conséquence car il y a souvent plusieurs manières de dire la même chose.

Tracer l’apprentissage informel

Un des objectifs de Tin Can est de permettre le suivi de l’ensemble des actes d’apprentissage, fussent-ils formels ou informels.

SCORM has served us well, but it really doesn’t capture the entire picture of e-learning.

– Rustici Software (tincanapi.com)

Hors aujourd’hui, la nécessité de suivre de manière détaillée l’ensemble des actes pédagogiques, même formels, est parfois remise en question. Verbatim :

Je me moque de savoir combien de temps l’élève a passé sur ce module ni ce qu’il y a fait. Il est libre. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il a appris à la fin. Et pour ça, on sait mettre en place des formes d’évaluation à intervalles réguliers.

– Un responsable pédagogique

Alors le besoin de tracer tout ce que fait l’apprenant, y compris de manière informelle, reste à prouver. Lire l’article « Peut-on se passer des standards AICC et SCORM ? » où je pose la question « Tracer, d’accord, mais pour quoi faire ? ».

Vers une nouvelle segmentation du marché ?

Jusqu’ici, le marché du e-Learning était essentiellement segmenté en 2 domaines : le secteur des plateformes d’un coté, celui des contenus de l’autre. Le rôle des standards était de rendre fluide la frontière entre ces 2 segments. Tin Can évoque une segmentation plus forte :

  • Les plateformes ne disparaissent pas, mais exposent leurs données (LRS d’un LMS) ;
  • Les contenus sont toujours là mais peuvent échanger directement avec des LRS, sans passer par un LMS ;
  • Des dépôts de données externes (LRS), hors LMS, font leur apparition ;
  • Des outils de reporting exploitent les données de plusieurs LRS.

Le modèle Tin Can sous-entend donc une réorganisation du marché, avec peut-être l’apparition de nouveaux acteurs : fournisseurs de LRS et d’outils de reporting.

Tin Can is going to reshape our industry.

– Rustici Software (tincanapi.com)

C’est un pari osé, qui ne repose pas sur une réalité actuelle mais sur une anticipation du marché. De même que certains postulats liés aux scénarios d’utilisation de Tin Can…

How do you efficiently track what people are doing outside an LMS? We don’t have all of the answers yet, Tin Can is too young, but we do have some interesting ideas and early applications.

– Rustici Software (tincanapi.com)

Conclusion

Pourquoi Tin Can aura du mal à s’imposer ?

A mon sens, Tin Can confond « standardisation » et « innovation ». Tin Can est innovant, c’est certain. SCORM 2004 l’était aussi, mais trop éloigné des réalités (lire « SCORM 2004 : quel bilan après 8 ans d’existence ? »). Tin Can prend donc le même risque. Les éditeurs risquent de s’en souvenir. D’autant plus que cette fois, on leur demande d’ouvrir leurs applications en développant un LRS et en exposant ses données.

D’un autre coté, ADL et Rustici Software disposent d’une force de frappe et de communication qui suscitent un certain engouement, peut être suffisant pour voir Tin Can se généraliser. Mais on aura alors un Tin Can à minima, utile sur ses aspects Web Services, et ne respectant pas ses promesses sur ses aspects suivi et reporting…

Commentaires (10)

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  3. Comparaison tout à fait bienvenue. Et le parallèle avec le flop Scorm 2004 (du moins pour son côté Simple Sequencing) me paraît exact.
    Car depuis quelque temps, depuis le lancement d’OpenBadges par Mozilla et l’adoption de ce protocole de suivi par les grands noms de l’édition ainsi que son intégration dans Moodle via Totara, le principal avantage de TinCanApi qui consiste à une alimentation indépendante du contexte du portfolio de l’apprenant s’amenuise.
    Bonne continuation
    NB: je suis de près l’expérience Quetzal dont j’ai installé le wspack sur un serveur Scenari4.0

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